Accueil»Collégiale et Calvaire»Histoire de la collégiale Saint-Barnard

Barnard, né dans le Lyonnais vers 778, compagnon d’armes de Charlemagne puis, vers 800, fondateur du monastère d’Ambronay (Ain), archevêque de Vienne en 810, remarqua un beau site à l’extrémité de son diocèse sur les confins du Viennois et du Valentinois. I1 y fonda une abbaye dotée d’une église dédiée à saint Pierre et saint Paul et en mémoire des martyrs de Vienne, Séverin, Exupère et Félicien. Les corps de ces saints dits « les trois Doms » furent transférés dans cette église vers 840. A une date inconnue, l’église fut placée sous le vocable de Barnard lui-même. En 1068, le cartulaire de Saint-Barnard parle d’abbaye de saint Pierre et de saint Barnard, et en 1405, d’église de saint Barnard.

Vers 908, Alexandre, archevêque de Vienne, qualifiait la création de Barnard « d’illustre monastère distingué tant par le culte divin que par les édifices matériels. » Là mourut Barnard, le 22 janvier 842. Il fut enseveli suivant un usage cher à la piété chrétienne de ce temps, sous 1e larmier de l’église. Un tombeau vide, orné d’un nimbe crucifère, fut découvert en 1932 contre les fondations de la sacristie actuelle. On le brisa sous prétexte qu’il n’offrait ni cachet artistique, ni inscription. Un fragment de l’épitaphe du saint, retrouvé en 1845, a été encastré dans un des contreforts extérieurs de l’abside.

Les Normands, établis dans la Camargue, remontant le Rhône en 860, détruisirent l’abbaye de Barnard et son église. Ainsi commencèrent les maux de l’édifice sacré. En attendant la voûte romane, les églises avaient des couvertures en charpente. L’église Saint-Barnard dut renaître cinq fois de ses ruines.

Envoyé par Alexandre, archevêque de Vienne, l’abbé David répara le premier désastre. Il termina la deuxième église en 920.

Elle ne subsista pas longtemps. Au cours d’un conflit entre Sobon. archevêque de Vienne, élu en 927, et 1’abbaye romanaise, le puissant seigneur Silvion de Clérieu, qui avait prit le parti de l’archevêque, livra aux flammes l’église et le monastère, vers 932. A ce que nous apprend une lettre du pape Jean XI qui lui imposa une rigoureuse pénitence, Silvion aurait été, en outre, condamné à reconstruire l’église, s’il n’avait dû déjà en réédifier une autre détruite par lui dans ses domaines.

Nous ignorons les détails de la construction de la troisième église et la date de son achèvement.

Un document de 939 nomme Rainulphe, abbé de l’église de Romans et la « société des chanoines » de cette église. Les moines bénédictins ont donc cédé la place à un collège ou chapitre de chanoines. De là le nom de collégiale que l’église gardera jusqu’à la Révolution française. Ce furent d’abord des chanoines réguliers, c’est-à-dire de vrais religieux habitant un vrai monastère, astreints à une règle commune mais moins stricte que celle des moines. Graduellement, les chanoines réguliers se muèrent en chanoines séculiers qui n’ouvrirent leurs rangs qu’aux fils des seigneurs trop souvent d’aspirations et de mentalité à prédominance féodale.

Une de ces familles compensa magnifiquement les méfaits d’un des siens envers l’église romanaise. Léger, petit-fils de Silvion de Clérieu, abbé de Saint-Barnard en 1205, avait été choisi pour archevêque de Vienne en 1031, inaugurant le cumul de l’abbaye et de l’archevêché. Il agit, jusqu’en 1070, pour le bien de l’abbaye et de la population civile.

Léger, en effet, fut réellement « le créateur de Romans », dit Thomé de Maisonneuve. La petite agglomération tendit dès lors à constituer un bourg d’une certaine importance.

Quant à l’église, elle avait brûlé une troisième fois. Un acte de Léger (9 mai 1049) autorise les chanoines à élever deux cloîtres, l’un attenant à l’église – elle était donne reconstruite- l’autre là où furent des viviers, au couchant de l’église, sur la place actuelle du Puits du Cheval, pour des habitations de chanoines ne vivant pas en commun. Ces dernières, prescrivait-il, seront dans une enceinte close par un mur bâti à chaux et à sable, précaution justifiée puisque là, en ce temps, deux fois le feu a tout consumé.

Notons, à la gloire de la collégiale, qu’un peu plus tard, l’archevêque-abbé Guy de Bourgogne, parent de l’empereur d’Allemagne, élu en 1088, devint pape sous le nom de Calixte II (1119-1124).

En 1134, quatrième incendie de l’église. C’était l’oeuvre de Guigues Dauphin, comte d’Albon, en lutte contre l’archevêque-abbé Etienne. Le feu n’avait pas tout détruit. On utilisa ce qui subsistait et l’on entreprit de pourvoir aux besoins du culte.

L’honneur d’avoir transformé l’édifice provisoire en l’église que nous admirons échut à Jean de Bernin dont l’éclat et la longévité dépassent encore ceux de Léger. Il fut archevêque-abbé de 1219 à 1266. Durant cette période, Romans prit un essor merveilleux.

Grand bâtisseur, Jean de Bernin fit construire, au levant de Saint-Barnard, une maison abbatiale avec une somptueuse chapelle Sainte-Catherine (démolie en 1714). Sur l’Isère, le fameux pont avec, sur sa première arche, du côté de la ville, un hospice pour les pauvres jacinières (les femmes en couches) et une charmante petite chapelle Notre-Dame (démolie en 1856). En outre, le beau couvent des Cordeliers avec sa vaste église (achevée après la mort de Jean de Bernin, en 1279, brûlée par les protestants en 1564), et, lisons-nous dans son épitaphe, « il enrichit et exhaussa l’église de Romans où son corps repose. »

Dans la suite, Saint-Barnard se compléta par la chapelle latérale du Saint-Sacrement, vers les débuts du XIVè siècle, et, du XIVè au XVIIè siècle, par cinq chapelles basses insérées dans les murs de la nef.

Le vandalisme protestant n’épargna point Saint-Barnard. Lors des premiers troubles, en 1562, la collégiale était pillée, saccagée, par les bandes du baron des Adrets. En 1567, la façade fut mutilée, le clocher privé de ses cloches et de sa flèche, les parties hautes abattues. François de Belleforest, qui arrivait à Romans en octobre 1572, ayant « commission du roi de pourtraire toutes les villes de son royaume », nous a laissé, dans sa Cosmographie universelle (Paris, 1575), une vue de Romans où Saint-Barnard fait figure de ruine.

Quand revint le calme, on se mit à restaurer la collégiale. Les travaux durèrent jusqu’en 1718. Dans l’intervalle s’enrichit le mobilier de l’église : tribune des orgues, chapelle de Saint-Barnard-le-Vieux, chaire, etc.

En 1516, lorsque se dressèrent à Romans les stations du Grand Voyage, cinq de ces édicules s’appuyèrent au levant, un au couchant de la collégiale. Cela religieusement pouvait s’harmoniser avec elle. Mais il y eut autre chose, par quoi sa beauté fut amoindrie. Déjà, au XVè siècle, des baraques de planches s’installaient au côté septentrional de l’église les jours de foire et de marché.

Après les guerres de religion, le chapitre permit d’y construire des immeubles, à condition de les placer à quelque distance de l’église. Puis, on édifia des maisons devant le clocher et, en 1826, entre le pont et le cloître. Ces dernières ont été démolies en 1857. Mais les autres demeurent et l’espace protecteur de l’église n’existe plus, sauf devant le clocher.

Pendant la Révolution française, Saint-Barnard fut le théâtre de scènes « patriotiques » puis antireligieuses. En 1798, le culte cessa. On mutila des sculptures, on enleva les cloches et l’on rafla les vases sacrés. En 1794, on fêta la « déesse Raison ». Pour plaire à Robespierre, la municipalité fit inscrire, sur le tympan du portail, ces mots, qu’on y lisait encore vers 1900 : « Le peuple français reconnaît l’Etre suprême et l’immortalité de l’âme. »

Quelques faits sont a noter au XIXè siècle : réouverture au culte en 1801, classement parmi les Monuments historiques en 1840, restauration de la voûte à partir de 1841, inauguration des orgues en 1841, pose des vitraux de la chapelle du Saint-Sacrement vers 1847 et de ceux de l’église de 1852 à 1862, conversion en sacristie de Saint-Barnard-le-Vieux en 1872, restauration des orgues en 1881, réfection des charpentes et des toits en 1895, démolition de la chapelle Saint-Michel en 1844 (datant du XIIIè siècle, au levant de Saint-Barnard dont elle était indépendante, à côté du charnier de Notre-Dame-des-Os), destruction du cloître à l’occasion de l’établissement d’un quai sur l’Isère en 1857.

Parmi les faits plus récents mentionnons l’abaissement et une meilleure disposition du maître-autel en 1988. Le 20 juin 1940, avant-veille de l’arrivée des Allemands, le pont de Romans sautait et l’explosion faisait voler en éclats les verrières.

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